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As Vivian says...

“Si paradoxal que cela puisse paraître – et les paradoxes sont toujours choses dangereuses – il n’en est pas moins vrai que la Vie imite l’art bien plus que l’Art n’imite la vie. Nous avons tous pu constater dans l’Angleterre contemporaine qu’un certain type de beauté étranger et fascinant, inventé et mis en valeur par deux peintres ayant donné libre cours à leur imagination, a exercé une telle influence sur la Vie qu’il n’y a pas une exposition privée, pas un salon artistique où l’on ne voie soit le regard mystique des rêveries de Rossetti, la longue gorge d’ivoire, la curieuse mâchoire carrée, la sombre chevelure défaite qu’il aimait si ardemment, soit la douceur virginale de L’Escalier d’or, la bouche en forme de fleur et la lassitude adorable du Laus amoris, le visage blême de terreur d’Andromède, les longues mains et la beauté déliée de la Viviane du Songe de Merlin. Et il en a toujours été ainsi. Un grand artiste invente un type et la Vie essaie de le copier et, tel un éditeur commercial avisé, de le reproduire sous une forme populaire”.

Oscar Wilde, Le Déclin du Mensonge, in Œuvres Complètes, Paris : Éditions Pléiade, pp. 791, 792.



John William Waterhouse, Hylas and the Nymphs, 1896.



John William Waterhouse, The Lady of Shallot, 1888.



Dante Gabriel Rossetti, Proserpine, 1874.

Le plastique, c'est... fantastique.

“Malgré ses noms de berger grec (Polystyrène, Phénoplaste, Polyvinyle, Polyéthylène), le plastique, dont on vient de concentrer les produits dans une exposition, est essentiellement une substance alchimique. À l'entrée du stand, le public fait longuement la queue pour voir s'accomplir l'opération magique par excellence : la conversion de la matière ; une machine idéale, tubulée et oblongue (forme propre à manifester le secret d'un itinéraire) tire sans efforts d'un tas de cristaux verdâtres, des vide-poches brillants et cannelés. D'un côté la matière brute, tellurique, et de l'autre, l'objet parfait, humain ; et entre ces deux extrêmes, rien ; rien qu'un trajet, à peine surveillé par un employé en casquette, mi-dieu, mi-robot.”


Roland Barthes, Mythologies, in OC I (1942-1961), p. 804.

"La beauté des formes : entre création et répétition"


"Vue du dehors, la nature apparaît comme une immense efflorescence d’imprévisible nouveauté; la force qui l’anime semble créer avec amour, pour rien, pour le plaisir, la variété sans fin des espèces végétales et animales; à chacune elle confère la valeur absolue d’une grande œuvre d’art; on dirait qu’elle s’attache à la première venue autant qu’aux autres, autant qu’à l’homme. Mais la forme d’un vivant, une fois dessinée, se répète indéfiniment; mais les actes de ce vivant, une fois accomplis, tendent à s’imiter eux mêmes et à se recommencer automatiquement : automatisme et répétition, qui dominent partout ailleurs que chez l’homme, devraient nous avertir que nous sommes ici à des haltes, et que le piétinement sur place, auquel nous avons affaire, n’est pas le mouvement même de la vie. Le point de vue de l’artiste est donc important, mais non pas définitif. La richesse et l’originalité des formes marquent bien un épanouissement de la vie; mais dans cet épanouissement, dont la beauté signifie puissance, la vie manifeste aussi bien un arrêt de son élan et une impuissance momentanée à pousser plus loin, comme l’enfant qui arrondit en volte gracieuse la fin de sa glissade."


H. Bergson, "La conscience et la vie", (1911) in L'énergie spirituelle, PUF.

Nietzsche : “Apprendre à aimer”

“Il faut en effet apprendre à aimer. Voici ce qui nous arrive dans le domaine musical : il faut avant tout apprendre à entendre une figure, une mélodie, savoir la discerner par l’ouïe, la distinguer, l’isoler et la délimiter en tant qu’une vie pour soi : ensuite il faut de l’effort et de la bonne volonté pour la supporter, en dépit de son étrangeté, user de patience pour son regard et son expression, de tendresse enfin pour ce qu’elle a de singulier ; - vient enfin le moment où nous y sommes habitués, où nous l’attendons, où nous sentons qu’elle nous manquerait, si elle faisait défaut ; et désormais elle ne cesse pas d’exercer sur nous sa contrainte et sa fascination jusqu’à ce qu’elle ait fait de nous ses amants humbles et ravis, qui ne conçoivent de meilleure chose au monde et ne désirent plus qu’elle-même et rien qu’elle-même”.


Nietzsche, Le Gai Savoir, trad. fçse. de Pierre Klossowski, Gallimard, 1967, aphorisme 334.

Collection

"La collection ne s'élabore pas à partir de ses éléments, elle parvient plutôt à exister par son principe même d'organisation".
Susan Stewart.

Barthes / Arcimboldo



“Pour le siècle d’Arcimboldo, le monstre est une merveille. Or la “merveille” - ou le “monstre” - c’est essentiellement ce qui transgresse la séparation des règnes, mêle l’animal et le végétal, l’animal et l’humain ; c’est l’excès, en tant qu’il change la qualité des choses auxquelles Dieu a assigné un nom : c’est la métamorphose, qui fait basculer d’un ordre dans un autre.”
Roland Barthes.